De nombreuses raisons pour lesquelles
l’euro se déprécie par rapport au dollar
La
dépréciation de l’euro par rapport au
dollar depuis l’autonomie 2009 (graphique
1) a de multiples causes
qui se cumulent :
- Des
flux de capitaux des Etats-Unis vers
les pays émergents ;
- Des
perspectives de croissance plus défavorables
dans la zone euro qu’aux Etats-Unis,
à court terme (comme le montre l’évolution
de la consommation, de l’investissement)
comme à long terme (comme le
montre l’évolution de la productivité
du travail - graphique
2) ;
- Les
incertitudes sur le succès des programmes
de réduction des déficits publics
et de retour à la normale des marchés
des dettes souveraines de la zone euro.


La
réduction rapide des déficits publics
vise à restaurer la confiance des marchés
financiers, et à permettre que les
pays en difficulté avec leur dette publique
puissent alors se refinancer normalement
sur les marchés.
En
attendant que ce soit le cas, la BCE achète
les dettes publiques des pays en difficulté,
et les gouvernements ont mis en place
un programme de soutien des pays, en cas
où ils ne pourraient pas se financer,
de 500 Mds €.
Pourquoi
ce programme pourrait-il échouer ?
- Parce
que les pays n’arrivent pas à réduire
leurs déficits publics, surtout avec
la faiblesse de la croissance (graphique
2) ;
- Parce
qu’au moment où la BCE arrête d’acheter
des dettes publiques, les pays ne peuvent
toujours pas émettre sur les marchés
financiers, et qu’alors la crise des
dettes souveraines redémarre et met
certains pays en risque de cessation
de paiements ;
- Parce
que le programme de la BCE, au lieu
de rassurer les investisseurs, peut
les pousser au contraire à se débarrasser
de leurs titres publics risqués pendant
que le programme est en place ; les
évolutions des taux d’intérêt a la fin
de mai et au début juin 2006 montrent
qu’il semble que ce soit le cas ;
- Parce
que la réduction annoncée des déficits
publics est effectivement mis en place,
et qu’elle conduit à un effondrement
de la croissance.
Si
le programme mis en place le 10 mai 2010
échoue, alors ceux qui annoncent le déficit
de certains pays de la zone euro ont probablement,
malheureusement raison.
Il
est donc probable que l’euro va rester
faible vis-à-vis du dollar au moins tant
que l’issue de la crise des dettes souveraines
de la zone euro ne sera pas plus claire.
Mais
nous pensons qu’à long terme, l’euro pourrait
se réapprécier vis-à-vis du dollar.
Deux scénarios dépendant du taux d’épargne
des ménages américains
Les
ménages américains ont connu une forte
perte de richesse due à la crise.
Ceci
devrait normalement conduire à une remontée
de l’épargne des ménages américains. On
a bien observée cette remonté au début
de la crise, puis le taux d’épargne des
ménages a baissé à nouveau (graphique
3) lorsqu’ils ont commencé
à tirer sur leurs actifs monétaires pour
consommer davantage, alors que le crédit
aux ménages américains continue à reculer.

Il
est difficile de savoir ce que va être
l’évolution du taux d’épargne des ménages
américains :
- Ils
semblent vouloir continuer à consommer
;
- Mais
la perte de richesse devrait les conduire
à ré épargner.
1
- poursuite de la désépargne
Supposons
que les ménages américains continuent
à désépargner pour consommer. Malgré leur
perte de richesse, leur taux de placements
financiers reste très faible.
On
retournerait donc à l’équilibre d’avant
crise en ce qui concerne la balance des
paiements des Etats-Unis : déséquilibre
extérieur important avec la faiblesse
de l’épargne des ménages et la reprise
de l’investissement des entreprises,
puisque la demande des ménages est stimulée
par la faiblesse de leur épargne. On voit
dès aujourd’hui se rélargir le déficit
extérieur des Etats-Unis (graphique
4).

Dans
cet équilibre, la dette extérieure
des Etats-Unis recommence à s’accroître
et ceci conduit à la reprise de l’affaiblissement
du dollar, comme de 2002 à 2008, en
raison de l’excès d’offre de dollars à
détenir par les non résidents.
2
- remontée de l’épargne des ménages américains
Nous
supposons ici que l’effet de richesse
finit par l’emporter, et que le taux d’épargne
des ménages américains (et leur taux de
placements financiers) remonte. Il en
résulterait alors une rechute de la
consommation et de la croissance,
et un moindre attrait pour les actifs
en dollars, d’où la rechute du dollar.
Synthèse : un profil en U pour le $/€
?
A
court terme, l’euro reste affaibli
par la crise des dettes souveraines de
la zone euro et son issue incertaine,
l’utilisation de l’euro comme monnaie
de carry-trade, la croissance plus
forte aux Etats-Unis, le retour des capitaux
depuis les pays émergents vers le dollar.
Mais
à moyen terme :
- L’incertitude
sur la crise des dettes souveraines
sera levée ; soit la solvabilité budgétaire
des pays de la zone euro sera rétablie
et ils pourront se financer normalement
; soit il y aura eu un redémarrage de
la crise, et l’euro sera alors très
faible ;
- Soit
les ménages américains décident de continuer
à désépargner, le déficit extérieur
américain revient au niveau d’avant
la crise et le dollar se déprécie ;
- Soit
les ménages américains décident de ré
épargner, la croissance américaine rechute
et le dollar se déprécie.
S’il
n’y a pas une issue grave à la crise des
dettes souveraines de la zone euro, il
doit normalement y avoir redressement
de l’euro à moyen terme vis-à-vis du dollar.
Patrick
ARTUS
Natixis